Un chien qui reçoit un diplôme officiel au milieu des uniformes, des médailles et des casques. L’image surprend, touche, et reste en tête. À Marmande, en Lot-et-Garonne, lors de la Sainte-Barbe 2026, un chien pompier a été mis à l’honneur comme un véritable collègue. Et cette distinction rare en dit long sur le courage, l’engagement et la complicité entre l’animal et son maître.
Un moment rare pendant la Sainte-Barbe à Marmande
Samedi 7 février 2026, dans la cour du centre de secours de Marmande, la cérémonie de la Sainte-Barbe suit son rituel. Annonces officielles, médailles, hommages. Puis un binôme attire tous les regards : l’adjudant Alexandre Frecchiami et son chien, un border collie nommé Upso.
L’adjudant reçoit d’abord une médaille pour ses 20 ans de service. À ses pieds, toujours en alerte, son chien le regarde. Quelques instants plus tard, les deux avancent ensemble face au colonel du SDIS 47. Et là, chose peu commune : l’humain et le chien reçoivent chacun un diplôme qui officialise l’entrée d’Upso dans les missions de recherche.
Ce n’est pas un simple symbole. Ce diplôme reconnaît le chien comme un véritable acteur des secours, un équipier à part entière, prêt à intervenir dans tout le Lot-et-Garonne, et même au-delà si nécessaire.
Upso, le chien pompier qui sauve des vies
Upso n’est pas un chien ordinaire. Ce jeune border collie de 2 ans est spécialisé dans la recherche de victimes. Son terrain : la nature, les zones urbaines, et parfois les lieux d’effondrement où des personnes peuvent être ensevelies.
Concrètement, Upso est formé pour retrouver :
- des personnes égarées en forêt ou en campagne,
- des victimes perdues en milieu urbain,
- des personnes coincées sous des décombres après un effondrement.
Sa truffe est son meilleur outil. Là où l’œil humain ne voit plus rien, le chien détecte une odeur, un souffle, une présence. L’adjudant Frecchiami le résume simplement : Upso est souvent celui qui donne la chance de plus à une victime.
Le duo forme ce que l’on appelle une équipe cynotechnique. Ces équipes sont appelées en renfort dès qu’il y a un doute, une disparition, un terrain difficile. Leur mission : gagner du temps. Et parfois, ce temps gagné fait toute la différence entre la vie et la mort.
Comment devient-on chien pompier ?
L’histoire d’Upso avec les pompiers commence très tôt. Il arrive à la caserne, et dans la famille de l’adjudant Frecchiami, à seulement 2 mois. Ce n’est pas un hasard. Les pompiers choisissent en général des chiens de berger, proches de l’humain, très fidèles, à l’écoute.
Dès ce jeune âge, les spécialistes observent le chiot : curiosité, envie de jouer, réaction aux bruits, capacité à se concentrer. Avec l’expérience, ils savent repérer à 2 mois si un chien possède le potentiel pour la recherche de victimes.
Ensuite, tout va se construire par étapes :
- apprendre à obéir aux ordres simples,
- jouer pour associer la recherche à un plaisir,
- simuler des situations réelles de personnes cachées,
- se familiariser avec les bruits, les véhicules, les environnements difficiles.
Comme un pompier humain, Upso suit un entraînement régulier. Des exercices fréquents, des mises en situation, des tests annuels d’aptitude. Chaque année, on vérifie qu’il reste en forme, motivé, efficace.
Une journée type pour un chien pompier
La vie d’Upso est rythmée entre entraînements, interventions et temps de repos. Elle pourrait se résumer en trois volets : le travail, l’alerte et la vie de famille.
Quand il est à la caserne, le chien ne fait pas que courir partout. Il s’exerce avec son maître à des exercices précis : suivre une piste, se concentrer malgré les bruits, chercher une personne cachée. Tout est pensé pour rester prêt le jour où l’alerte tombe.
En intervention, le ton change. Le binôme arrive sur les lieux, souvent après un appel pour une disparition inquiétante ou un accident grave. Le pompier lit le terrain, repère les zones à explorer, donne une direction à son chien. Upso cherche, renifle, revient, repart. Dès qu’il repère quelque chose, il adopte un comportement appris pendant l’entraînement pour alerter son maître.
Et puis, il y a le reste du temps. Quand il ne travaille pas, Upso redevient un chien de famille. Il vit avec les enfants, les autres chiens de la maison, joue, se repose. Cette double vie crée une complicité très forte avec l’adjudant : de jour comme de nuit, en service ou sur le canapé, ils restent une équipe soudée.
Une caserne très sollicitée en Lot-et-Garonne
La distinction reçue par Upso et son maître prend encore plus de sens quand on regarde l’activité du centre de secours de Marmande. En 2025, les pompiers de la caserne ont réalisé 2 658 interventions.
Parmi elles, 76 % concernent le secours d’urgence aux personnes, soit environ 2 021 interventions. Malaise, accident domestique, accident de la route, détresse respiratoire… Ces chiffres rappellent une chose : le rythme est intense, la pression permanente.
La caserne fonctionne avec une équipe mixte :
- des sapeurs-pompiers professionnels,
- 57 sapeurs-pompiers volontaires,
- une assistante qui soutient le fonctionnement quotidien.
De nouvelles recrues arrivent aussi : 6 professionnels, 7 volontaires, dont certains anciens jeunes sapeurs-pompiers. Le chef de centre insiste : ces jeunes représentent la relève, avec un état d’esprit sérieux et engagé.
Dans ce contexte, pouvoir compter sur un chien formé à la recherche est un atout précieux. Upso peut être appelé dans tout le département, et même dans les départements voisins comme la Dordogne si la situation l’exige.
Une carrière… puis une retraite bien méritée
Un chien pompier ne travaille pas toute sa vie. Chaque année, Upso passe des tests pour vérifier que ses capacités physiques et mentales sont toujours là. Dès que son niveau baisse trop ou que son âge ne lui permet plus de courir comme avant, une nouvelle étape s’ouvre.
Quand viendra ce moment, Upso ne quittera pas son maître. Il restera dans la famille, simplement en changeant de rôle : il deviendra un chien de maison à plein temps. Après des années à chercher des victimes, à intervenir dans des situations parfois difficiles, il aura droit à une retraite tranquille, entouré des siens.
L’adjudant Frecchiami sait ce que cela représente. Avant Upso, il a déjà travaillé avec deux autres chiens de recherche. Cette spécialité, il la souhaitait depuis qu’il était jeune sapeur-pompier. Il l’a obtenue en 2012, puis a rejoint Marmande en 2019. Pour lui, chaque chien est un partenaire de vie, de travail, de souvenirs.
Pourquoi cette distinction touche autant ?
Voir un chien recevoir un diplôme au milieu des uniformes bouleverse un peu les codes habituels. Cela rappelle une réalité simple : derrière les chiffres, les véhicules rouges et les grands mots, le secours repose aussi sur des liens très humains… parfois portés par un animal.
Upso n’est pas juste une mascotte. C’est un coéquipier, un sauveteur, un être vivant qui participe à sauver des vies. Son histoire à Marmande montre aussi autre chose : la modernisation du métier de pompier, l’importance des spécialités, et la place que l’on accorde, peu à peu, aux animaux dans les missions de service public.
Vous croiserez peut-être un jour un chien comme lui, lors d’une balade, d’une démonstration, ou dans un reportage. Et vous saurez alors qu’au-delà du simple collier, il porte en lui une vraie responsabilité. Celle d’un pompier à quatre pattes, discret mais essentiel.










