Tempête Nils : « 8 000 macareux moines retrouvés morts ou affaiblis sur le littoral atlantique », alerte la Ligue

Un oiseau au bec coloré, immobile sur le sable froid. Le vent souffle encore fort, la mer est grise, et sur la plage, les silhouettes noires et blanches se multiplient. Derrière ces images tristes, il y a une réalité brutale : la tempête Nils a frappé de plein fouet les macareux moines sur le littoral atlantique.

Et si, en marchant sur la plage, vous pouviez faire la différence entre la vie et la mort pour l’un de ces oiseaux ? Prenons le temps de comprendre ce qui se passe… et ce que chacun peut faire, concrètement.

Tempête Nils : pourquoi autant de macareux morts sur les plages ?

Depuis le début du mois de février, plus de 8 000 macareux moines ont été retrouvés morts ou très affaiblis sur les côtes atlantiques, surtout en Bretagne. Pour les spécialistes de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), ce chiffre est tout simplement hors norme.

Ces oiseaux sont habitués aux hivers rudes de l’Atlantique. Ils vivent en mer une grande partie de l’année, supportent le froid, le vent, la pluie. Mais cette fois, la situation est différente. Les tempêtes successives, comme Nils, ont créé une sorte de piège dont beaucoup n’ont pas réussi à sortir.

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Le vrai problème : des vagues, du vent… et plus assez de poissons

Il ne s’agit pas d’une nouvelle maladie mystérieuse. Les autopsies réalisées sur les oiseaux n’ont pas montré de traces de grippe aviaire. La cause principale est beaucoup plus simple, et en même temps dramatique : les macareux ne trouvent plus assez à manger.

Avec les coups de vent violents, la mer est très agitée. Les oiseaux dépensent beaucoup d’énergie pour rester à la surface, voler, plonger. Ils sont ballottés, désorientés, parfois poussés vers le rivage. Or, dans ces conditions, repérer et capturer des poissons devient extrêmement difficile.

Résultat : ils s’épuisent. Lorsque leurs réserves sont vides, ils ne peuvent plus se défendre contre le froid, ni continuer à chasser. Ils arrivent sur les plages amaigris, faibles, parfois mourants. Sur certains secteurs, les bénévoles ont compté des centaines de cadavres, pour seulement quelques oiseaux encore en vie.

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Une espèce déjà fragile face au changement climatique

Ce qui inquiète d’autant plus les experts, c’est que le macareux moine n’arrive pas dans cette tempête en étant en pleine forme sur le long terme. L’espèce est déjà vulnérable pour plusieurs raisons.

  • Changement climatique : le réchauffement de l’eau modifie la répartition des poissons. Certaines proies habituelles des macareux s’éloignent ou deviennent plus rares.
  • Pollution : hydrocarbures, plastiques, microplastiques perturbent ces oiseaux marins, abîment leur plumage, leur système digestif, et leur milieu de vie.
  • Captures accidentelles : ils peuvent se retrouver pris dans des filets de pêche, sans que ce soit volontaire.
  • Dérangement sur les colonies : sur les falaises, là où ils nichent, la fréquentation humaine ou certaines activités peuvent les perturber.

La tempête Nils n’est donc pas un épisode isolé venu de nulle part. Elle s’ajoute à une série de pressions déjà fortes. Les scientifiques pensent que cet événement ne fait pas disparaître l’espèce dans son ensemble, mais certaines colonies locales sont très touchées.

Par exemple, dans l’archipel des Sept-Îles, au large de la Bretagne, des colonies de macareux ont déjà beaucoup diminué ces dernières années. On ne compte parfois plus qu’une centaine de couples. Dans ce contexte, chaque hiver extrême pèse lourd.

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Macareux, guillemots, pingouins : tous logés à la même enseigne ?

Sur les plages, les promeneurs croisent aussi guillemots et pingouins torda, d’autres oiseaux marins qui vivent dans les mêmes zones. Eux aussi subissent la houle, le froid, la difficulté à se nourrir.

Pour l’instant, les observations montrent que, cet hiver, leurs effectifs restent dans la « norme ». C’est bien le macareux moine qui semble payer le tribut le plus lourd à la série de tempêtes. Sans doute parce qu’il dépend de certaines zones de pêche et de conditions de mer bien précises, plus perturbées cette année.

Que faire si vous trouvez un macareux affaibli sur la plage ?

C’est un point essentiel. Car en cas de découverte, votre premier réflexe peut sauver une vie… ou, au contraire, aggraver la situation. Quelques gestes simples permettent d’agir de façon utile, sans mettre l’oiseau en danger.

Les bons gestes à adopter immédiatement

  • Approchez-vous doucement : avancez calmement, par le côté, sans cris ni gestes brusques.
  • Protégez-vous : mettez des gants si possible. Un macareux reste un animal sauvage, il peut se débattre et pincer.
  • Placez-le dans un carton : prenez un carton propre, d’une taille permettant à l’oiseau d’être couché sans être compressé. Ajoutez, si possible, une serviette ou du papier absorbant au fond.
  • Installez-le au calme : fermez partiellement le carton pour laisser passer un peu d’air. Placez-le dans une pièce calme et sombre, à l’abri du bruit et des autres animaux.

Ce qu’il ne faut surtout pas faire

  • Ne pas nourrir l’oiseau : même si c’est tentant, ne lui donnez ni poisson, ni pain, ni eau. Vous risquez de provoquer une fausse route ou un stress supplémentaire.
  • Ne pas le relâcher tout seul : un macareux très affaibli remis directement à la mer a très peu de chances de survie.
  • Ne pas le garder chez vous : seul un centre spécialisé peut lui apporter les soins adaptés.

Ensuite, contactez au plus vite un centre de soins de la faune sauvage ou la ligne SOS faune détresse indiquée par la LPO pour la Bretagne : 02 57 63 13 13. Les bénévoles organisent alors une véritable chaîne humaine pour transporter les oiseaux vers des structures adaptées.

Comment la LPO et les bénévoles réagissent sur le terrain ?

Derrière chaque oiseau recueilli, il y a des heures de marche sur les plages, des allers-retours en voiture, des soins quotidiens. En Bretagne, la LPO coordonne des équipes de bénévoles qui patrouillent, ramassent, transportent, alertent.

Ces personnes notent le nombre d’oiseaux trouvés, leur état, leur localisation. Ces données servent ensuite aux scientifiques pour mieux comprendre l’ampleur de l’épisode, suivre son évolution, et comparer avec d’autres années. C’est un travail discret, souvent sous la pluie ou dans le vent, mais indispensable.

Dans les centres de soins, les professionnels et les volontaires prennent alors le relais : réhydratation, examens, réchauffement progressif, mise en volière. Certains oiseaux reprennent des forces et sont relâchés au large lorsque leur état le permet.

Et après la tempête Nils, que peut-on espérer ?

Il est important de le rappeler : à l’échelle mondiale, la tempête Nils ne signe pas la fin du macareux moine. Mais elle agit comme un signal d’alarme. Elle montre à quel point une espèce déjà fragilisée peut brusquement perdre des milliers d’individus en quelques semaines.

À moyen et long terme, la meilleure protection reste la même : limiter les pressions qui s’ajoutent aux tempêtes. Mieux encadrer les captures accidentelles, réduire la pollution, protéger les sites de nidification, agir contre le changement climatique. Chaque mesure compte, même si ses effets ne sont pas visibles immédiatement.

Et vous, à votre échelle, vous pouvez déjà :

  • signaler tout oiseau marin en détresse aux numéros d’urgence locaux,
  • éviter de déranger les colonies d’oiseaux en période de nidification,
  • soutenir des associations comme la LPO, par un don ou du bénévolat, si vous le pouvez.

Lorsque l’on se retrouve face à 8 000 macareux morts ou affaiblis, on peut se sentir impuissant. Pourtant, chaque oiseau sauvé, chaque geste de prudence, chaque action de protection compte. La tempête passe. Mais notre responsabilité, elle, reste bien là.

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Pauline Coudray
Pauline Coudray

Pauline Coudray est experte en SEO et passionnée par le monde animal. Forte de plus de dix ans d’expérience, elle partage ses conseils pointus pour les propriétaires de chiens, chats et oiseaux, tout en sélectionnant et relayant les dernières actualités du secteur animalier. Sa maîtrise des stratégies de référencement naturel lui permet de rendre accessibles des contenus utiles et pertinents à une large audience. Engagée pour la cause animale, elle s’appuie sur une veille constante pour offrir informations, guides pratiques et analyses au service des amoureux des animaux.

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Un commentaire

  1. Bonjour,
    J’ai lu 2 de vos articles sur les oiseaux et c’est passionnant de vous lire.
    J’adore les oiseaux marins, je suis allée aux Îles Féroé, l’année dernière et j’ai vraiment senti l’attirance pour le vent, les zones isolées, escarpées, tragiques mêmes que mes amis les oiseaux marins.
    J’ai aussi soigné comme bénévole les oiseaux de proies dans 2 différents centres de soins ornithologiques en Suisse: Genthod près de Genève ( C.R.O.P. Le Centre de Réadaptation des oiseaux de proies) et La Volière sur la Riviera Vaudoise( je crois qu’elle n’existe plus)
    J’aime la faune ailée
    Ils sont souvent pour moi une source de réponses à toutes mes questions.
    Merci de votre écoute et surtout continuer votre beau travail

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